Simon Grassart, notre scribe des temps modernes.

 

Initialement formé dans le design textile, il défend depuis longtemps les arts appliqués. En
préférant les motifs, et particulièrement les motifs ethniques, il impose une esthétique nourrie
par plusieurs allers et retours de l’approche manuelle vers l’outil numérique. Il brise les
frontières de l’art avec celles de l’artisanat. Retour sur Simon Grassart, designer textile et
graveur.

Depuis l’obtention de son diplôme pour enseigner les Arts plastiques, et même bien avant,
Simon développe le souci de créer. Si communiquer et partager son goût pour les arts
appliqués est selon lui une vocation, l’idée de création en est une autre. Durant ses études
supérieures Simon aborde pour la première fois le textile à travers différents processus
manuels comme la broderie ou le tissage. Cette ambiguïté entre la matière et le motif
l’interpelle. Il développe son goût pour ce dernier et, fasciné par l’écriture qu’on ne comprend
pas, il s’inspire de ces prémisses. Il commence à graver et, toujours ambitieux de rester dans
les traditions, réalise sa matrice à la main. Pour un souci de précision et de netteté, Simon
privilégiera ensuite la gravure laser. Cette technique qui génère une réflexion à la fois autour
de l’artisanat et de l’innovation fait de Simon un graveur hors norme.

En troisième année de Bachelor, il réalise un stage au sein d’un FabLab où son âme d’artisan
se révèle. Il teste différents procédés de créations. Il échoue, mais recommence jusqu’à en
venir à satisfaction. De cette stratégie de l’échec naît son style. Simon réutilise ses gravures
qu’il considère comme ratées pour créer son propre papier. Il renoue ainsi avec la pratique
manuelle qui s’inscrit dans une logique écoresponsable. Désormais, il continue de privilégier
et de développer cette démarche de respect de l’environnement avec un papier entièrement
recyclé à partir de ses anciennes créations, et qui font en même temps écho à ses anciens
travaux. D’ailleurs, le dessein de ce support plutôt fragile et des motifs abstraits qui l’habillent
n’est pas initialement l’exposition. Ses motifs sont « dénués de sens » et ne font pas
nécessairement l’objet d’une interprétation, loin de là.

Depuis ses débuts, Simon a toujours souhaité lier la part créative à l’utile. Au service des
créations accessibles, l’association de Simon avec Artgile a naturellement pris sens. Depuis
2018, nous utilisons ces œuvres qui s’accordent parfaitement aussi bien avec des vêtements,
des accessoires qu’avec des objets du quotidien. En terme de projection, le support donne vie
à l’œuvre et l’inscrit dans une certaine éternité. Et c’est cette philosophie qui a finalement
conquis notre graveur. Justement, cette nouvelle approche conduit Simon à imaginer d’autres
motifs. Aujourd’hui, il souhaite les intégrer dans un espace, et pourquoi pas jouer sur les
dimensions où certains motifs seraient en relief, et d’autres un peu plus volumineux.

Avec un accès à l’art beaucoup plus abordable en Belgique qu’en France, moins élitiste, notre
artisan a trouvé son cocon. Cela ne l’empêche évidemment pas de multiplier les allées et
venues vers la métropole lilloise, éloignée du dernier rang en terme d’opportunité artistique
pour ce savoir-faire assez atypique. Par un processus créatif, singulier et précieux, ses
gravures se distinguent en accordant l’ethnique à l’éthique.