Visages éternels : quand Camille Douchet aka Ouroboros pochoirise l’instantané d’une photographie.

Comment rendre unique un art qui est à la portée de tous ? Si peindre au pochoir peut vous
évoquez une technique qui ne nécessite pas forcément de savoir-faire, vous vous trompez.
Patience, rigueur, précision et principalement minutie, le stencil (en anglais) est une pratique très
singulière dans le Street art. Avec ses nombreux portraits et un procédé artistique comme il
s’en fait rare, Ouroboros se distingue clairement des nombreux artistes pochoiristes, dont la
célébrité en a caressé plus d’un.

Alors qu’il travaillait dans l’impression 3D, Camille sort de son confort en décidant de
devenir Ouroboros, pour le meilleur et pour l’avenir. Les murs de son appartement, un peu
trop nu à son goût, deviennent ses premiers supports de travail. Plus tard, il descend dans la
rue pour y laisser son empreinte artistique et offrir une identité à ce qui n’en a pas. C’est en
se promenant sur les pavés lillois qu’Ouroboros se vide l’esprit pour y laisser s’installer une
part de créativité et de volonté artistique. Il commence à flirter avec l’univers insolite du
Street art, en quête de découvrir qui il est réellement. Pour cela, il travaille son processus
créatif, cherche de la profondeur, creuse sans cesse. Ouroboros avoue la difficulté du
pochoiriste « amateur » à se différencier des autres puisqu’ en réalité… tout le monde fait des
pochoirs. Il arrive toutefois à attirer l’œil et la curiosité grâce à sa démarche différente, qui se
positionne parfaitement entre l’art et l’artisanat. En fait, si beaucoup de pochoiristes
choisissent volontairement ou non la facilité, Ouroboros tourne le dos aux nouvelles
technologies pour réaliser ses pochoirs, simplement muni de son scalpel et de son sens de
l’observation.

Très attaché au slow made notre artiste travaille consciencieusement pour mieux produire et
mieux consommer. Si cela demande plus de temps, c’est aussi parce qu’il s’agit d’une réelle
recherche, une réflexion personnelle. Il essaie différentes techniques pour peaufiner, s’affiner
et s’affirmer. C’est ici ce procédé devenu rare, et donc précieux, qui fait d’Ouroboros un
pochoiriste peu ordinaire. Concrètement, il part d’une photographie et, avec ses habiles mains,

il en déracine chaque trait, chaque détail. Notre artiste choisit généralement de parfaits
inconnus ou des personnalités qu’on connaît très peu, ce qui est d’autant plus appréciable. Son
geste, très géométrique, donne cet aspect fragile, morcelé et presque éphémère à ses pochoirs.
Lui qui cherchait à se définir par un style dans lequel il peut se reconnaître, loin de la culture
pop qui règne sur le Street art, il y est parvenu. Ouroboros finit par exposer son travail dans
des cafés, des bars, dans ces milieux populaires où il fait bon vivre. Avec sa philosophie
d’être très ancré dans le local, il ne laisse pas indifférent Artgile. La collaboration est d’autant
plus légitime quand on voit une de ses réalisations gravée sur un Zippo, dont le résultat est
simplement sublime.

 

Niché dans les ateliers RémyCo, nouveaux espaces roubaisiens entièrement dédiés aux arts
urbains qui animent la métropole, Ouroboros continue de réaliser scrupuleusement ses
pochoirs en ne cessant de croire et d’espérer être reconnu comme un véritable professionnel.
Particulièrement dans le domaine de l’art où le public n’a parfois pas conscience de tout ce
que sollicite une seule et même création, tout travail mérite en définitive une certaine
reconnaissance. Encore une fois, même si le pochoir est aujourd’hui identifié à un processus
de création relativement banal, il n’en est rien. D’ailleurs, c’est aussi avec les critiques
qu’Ouroboros avance. Un jour, une personne pointe du doigt son pochoir, bien trop « simple »
selon elle. Alors, l’artiste nomme son œuvre « Simplicité ». Voilà, c’est ce qui forge entre
autre le caractère de notre artiste : il part d’un mot ordinaire pour donner naissance à quelque
chose d’extra-ordinaire, son œuvre.

Ouroboros, c’est le serpent qui se mord la queue sans cesse. Mais pour Camille,
l’interprétation de ce signe va au-delà. Ce n’est pas uniquement l’idée de recommencement,
mais au contraire d’apprentissage à chaque nouveau tournant. Il nous dévoile une toute autre
approche sur les techniques du pochoir. Quand un artiste va utiliser une photographie pour
son processus créatif, Camille, avec une technique purement manuelle, réussit à refléter l’état
d’esprit de l’instantané même. Vous en serez certainement convaincus lors des Fenêtres qui
parlent, où l’artiste pochoiriste sera présent pour redonner à cet art ces origines, son
authenticité.